Le mur du pétrole

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13/05/2008

Les premiers craquements se font sentir et pourtant nous sommes loin du mur des 170 euros.

 

 


 

 

 

 

 

 


Alors que la hausse avait débuté et que le baril frisait les 50 euros, les experts s’accordaient pour considérer que le mur qui ferait varier structurellement les bases du développement économique se situait à 170 euros le baril avec un gazole à la pompe autour de 1.70 euros.

Ces considérations de début 2007 laissaient présager une stabilité sur les 5 années à venir.

Or aujourd’hui, le baril passe les 126 Euros et les premiers craquements se font sentir. Pourtant nous sommes loin du mur des 170 euros.

Ceci s’explique car le prix du baril était isolé de son contexte global. Or le prix du pétrole n’est que l’un des éléments de compression du pouvoir d’achat. La flambée des prix alimentaire s’y est associée, ainsi que le prix des matières premières.

Les transporteurs routiers Français ajoutent une ligne en pied de facture pour intégrer le surcoût du gazole. Au final c’est encore le consommateur qui paie.

Malgré cela des entreprises ferment par dizaines toutes les semaines, mises en liquidation par les tribunaux de commerce.

Le gouvernement Français a bien anticipé la crise en primant majoritairement les voitures les moins polluantes, donc principalement, les voitures de petite cylindrée. Ce faisant, l’industrie automobile qui est l’un des piliers de l’économie, atténue le choc en France contrairement à nos voisins. Ce pan d’industrie surnage.

Au niveau des ménages, cet achat d’opportunité permet de disposer d’une voiture plus économe et de réduire les kilométrages de la voiture familiale. Pour les revenus modestes, cette opportunité a décalé le budget vers un investissement, au dépend de la consommation.

Cette hausse conjuguée de l’ensemble des produits de première nécessité incontournables au quotidien, n’avait pas prévu les hausses actuelles à la pompe.

Cette conjonction met aujourd’hui les ménages les plus modestes en difficulté et atteint de plein fouet les ménages moyens qui se retrouvent en déséquilibre budgétaire permanent.

Les symptômes de cet état structurel se lisent dans la fréquentation des stations de pétroliers encore servies par du personnel qui acceptent les règlements en espèces a un prix du litre en fourchette haute sur le marché, car pour les prix discount, il faut une carte bleu afin de bénéficier du libre service. Sur autoroute et de plus en plus fréquemment en station, les chèques ne sont plus acceptés…

Sur autoroute, les queues s’allongent sur les files servies par un péagiste afin de régler en espèce ou hélas d’effectuer une reconnaissance de dette.

Le mur du pétrole est bien là.

Il est si présent que certaines entreprises commencent à noter des absences en fin de mois de personne ne pouvant se rendre sur leur poste de travail.

Ces éléments remettent en cause l’ensemble du système économique et social.

En effet, les ménages qui ont construit dans les deuxièmes couronnes souvent mal desservies par les transports en commun, sont très pénalisées par les frais de transport individuel.

Les trains TER et réseaux régionaux et départementaux de bus ont des dessertes déficientes et des tarifs répulsifs. En outre ils n’intègrent pas la billetterie des transports urbains qui ma foi, dans les grandes agglomérations ont su tant bien que mal s’adapter et offrir une vraie alternative à l’automobile.

Aujourd’hui il est impératif d’offrir une liberté de déplacement dans les transports collectifs.

Est-ce que les cheminots qui ont été maintenus pourront répondre à cet enjeu sociétal ?

C’est aujourd’hui qu’ils doivent montrer leur efficacité. Ils sont les pompiers assurant le maintien de la liberté de nos déplacements. Ils doivent répondre aux attentes de la société.

Est-ce que les Régions qui ont adopté des tarifs incohérents et développé des services en bout de ligne très dispendieux sauront offrir une réponse adaptée ?

Elles vont devoir réexaminer la copie en comptant juste et remettre en œuvre des politiques réalistes de dessertes. Surtout elles vont devoir comprendre qu’en plus des jolis trains régionaux, elles ont en charge leur réseau où elles sont utilisatrices exclusives. Il en va de la liberté de se déplacer en Région…

Des voies de recherche existent comme le billet à 1 euro sur les lignes de campagne et l’adhésion au système de tarif urbain dans les agglomérations. Il vaut mieux voir rouler un train plein qui assure un vrai service public que de faire la démonstration d’un superbe AGC vide qui souvent est désheuré ou supprimé comme en Midi Pyrénées ou en PACA…

Un train accessible économiquement et fiable même si quelques contraintes existent, sera le seul moyen qui assurera la continuité des services de notre société.

Pour le fret, le constat est tout aussi alarmant.

Il faut vraiment valoriser les transports utilisant les énergies disponibles et en particulier le nucléaire et l’électricité sous toutes ses formes. On est très loin des discutions corporatistes des années fastes….

Le mur du pétrole est là.

Le pétrole c’est aujourd’hui du bien être et comme personne ne souhaite le partager, il est évident que les schémas de gouvernance adoptés seront plus directifs que négociés. Quand on ajoute à cela que le pétrole est un marché et que ceux qui disposent des liquidités seront les favoris, alors oui, le mur du pétrole a déjà atteint notre organisation.

 

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